mercredi 19 septembre 2012

Contrairement à l'AVIVO, l'Asloca n'appellera pas à voter contre le projet de nouvelle constitution. Et contrairement au PS, elle n'appellera pas non plus à voter pour : en fait, elle n'appellera à rien du tout, et elle laisse princièrement à ses membres une « liberté de vote » dont ils disposent de toute façon. L'organisation de défense des locataires a examiné le projet sous l'angle de leurs droits, de la politique du logement et des droits démocratiques, et n'y a rien trouvé qui soit une régression qui justifierait un appel à voter « non », et rien qui soit un progrès suffisant pour justifier un appel à voter « oui ». Ben alors, en ce cas, pourquoi ne pas faire comme nous et appeler à voter blanc ?

Près de 80 prises de position (pour le « oui » , le « non » ou le vote «blanc» -mais là, y'en à qu'une, celle de la JS, seule contre tous, c'est bô) ont été déposées en prévision du vote du 14 octobre sur le projet de nouvelle constitution cantonale genevoise. Comme il y aura en gros 2000 espaces réservés à l'affichage de campagne, si chaque groupe qui a déposé une prise de position pond une affiche, on se retrouvera avec une douzaine d'affiches par groupe non représenté au parlement ou à la Constituante, disséminées dans tout le canton (va falloir faire fonctionner la boîte à idées pour qu'on les remarque, ces affiches). Le Conseil d'Etat avait initialement, et bêtement, décidé d'appliquer les dispositions de la loi sur l'exercice des droits politiques concernant les processus parlementaires ordinaires, alors que le processus constituant est exceptionnel. Du coup, les six partis représentés au parlement (quatre sont pour le « oui » au projet de la Constituante, deux sont pour le «non») auraient monopolisé la majorité des emplacements d'affichage, ne laissant aux plus de 70 autres prises de position que l'autre moitié. Mais heureusement, l'AVIVO veillait (les vieux, c'est insomniaque) : elle a contesté la décision du Conseil d'Etat, et a à moitié gagné. Si les groupes de la Constituante, dont la moitié ne sont pas représentés au parlement cantonal, n'ont pas obtenu d'être traités avec faveur, groupes parlementaires et groupes constituants seront traités sur pied d'égalité (c'est-à-dire également privilégiés face aux autres groupements) dans la répartition des espaces d'affichage. Reste plus qu'à savoir si on les dédoublera ou non, c'est-à-dire si les socialistes (par exemple)  auront ou non droit à deux fois plus d'emplacements que l'AVIVO (par exemple) puisqu'ils ont un groupe au Grand Conseil et à la Constituante alors que l'AVIVO n'en a qu'un à la Constituante... Bon, ben voilà, mais si les uns et les autres croient que tout ça va tirer plus de citoyennes et de citoyens aux urnes, on va pas, nous, les désillusionner, déjà que la pré-campagne sur le projet de constitution ressemble à une cacophonie entre « oui » euphoriques et « non »  tétanisés... « Votez blanc», on vous dit !

Ce qu'il y a de bien, dans le débat sur le projet de nouvelle constitution genevoise, c'est la hauteur que prennent ses protagonistes pour dominer le sujet et inciter les citoyennes et yens à aller voter : on est tout de suite au coeur battant du sujet, sur les enjeux fondamentaux : le nombre d'affiches auquel les groupements ont droit pour clamer leur mot d'ordre. Le Conseil d'Etat a décidé d'en accorder 135 aux partis représentés au Grand Conseil, et 135 également aux groupes de la Constituante. Résultat : les partis représentés dans les deux instances auront (auraient) 270 emplacements. Ce qui fâche un parti (solidaritéS) et un groupe (l'AVIVO) représentés seulement à la Constituante (les autres groupes dans le même cas n'y voient pas d'inconvénient majeur), qui réclament donc pour eux une égalité de traitement (vers le haut ou le bas, on sait pas) avec les partis parlementaires. Passionnant, non ? Et les autres groupements qui ont pris position mais qui ne disposent ni d'un groupe parlementaire, ni d'un groupe constituant, ils ont droit à quoi ? Ben, aux miettes : Quinze affiches par groupe. Et encore, c'est parce qu'on est bien bon avec ces loqueteux, faudrait quand même pas pousser le pluralisme trop loin...

mercredi 12 septembre 2012

Enfumages

Heureuses citoyennes et heureux citoyens que vous êtes :  vous avez le choix, car ça y'est, le débat sur la nouvelle constitution genevoise est lancé, par ses partisans sur le mode de l'éloge du consensus et de la «politique des petits pas», et par ses opposants sur le mode de la caricature :  leur conférence de presse de rentrée fut en effet un grand moment de rhétorique fossilisée, de réflexions ligneuses et de déni de lecture du texte soumis à l'approbation du bon peuple. Quant aux partisans du projet, présentant le lendemain leur coalition, c'est en le posant comme « rassembleur, moderne et novateur » qu'ils tentent de le vendre. Rassembleur ? Il ne l'est déjà plus. Moderne ? la modernité a toujours été une forme politique creuse, dans laquelle on peut mettre n'importe quoi. Novateur ? il faut le dire vite... Entre appel au consensus mou et falsification des textes, le débat commence dans l'enfumage.

Rhétorique fossilisée, réflexions ligneuses et déni de lecture : la bêtise au front bovin

Octobre, c'est encore la saison des gâteaux aux pruneaux. Et à Genève, cette année, d'un vote pour des prunes ? Si le projet de nouvelle constitution soumis le 14 octobre peuple genevois (ou plutôt à la portion congrue de ce peuple qui a le droit de faire, et aura accepté de faire, acte de vote), était acceptée, elle devrait encore, pour être ratifiée, passer un examen lors duquel le peuple genevois n'aura plus rien à dire ni à faire : celui de la « garantie fédérale ». En clair, c'est le Parlement fédéral  suisse qui dira si la constitution  de la République de Genève lui convient ou pas. Et si elle ne lui convient pas, le peuple de la République aura beau avoir voté ce projet, il se retrouvera le vote dans l'eau, avec un texte annulé ou amputé de ce qui ne convient pas à nos Chers Confédérés. Pour dire les choses autrement: au final, le vote de quelques dizaines de députés fédéraux zurichois pèsera plus que celui de plusieurs milliers de citoyen-ne-s de la République de Genève. Un vote pour des prunes, en somme. Mais un vote au niveau du débat qui est en train de s'instaurer entre partisans et adversaires du projet, et donc adversaires et partisans de la constitution actuelle, puisqu'il s'agit de la remplacer et que c'est bien, n'en déplaise à ceux qui refusent de le comprendre, sur deux textes que l'on vote : l'un en vigueur, l'autre devant l'abroger.

Au départ, le choix paraît simple, clair : le projet de la Constituante vous sied plus que la constitution actuelle ? alors votez oui. La constitution actuelle vous convient mieux que le projet de la Constituante ? Alors votez non. Vous attendez autre chose d'une Charte fondamentale de la République que ce que vous trouvez dans le projet ou dans le texte actuel ? Alors votez blanc... Mais bon sang de bois ! ne votez pas sans savoir sur quoi vous votez, et en prenant pour argent comptant ce que les uns disent du projet des autres, et les autres de la constitution des uns. Car si dans un camp on fait silence sur les faiblesses du texte qu'on propose, dans le camp d'en face, on tord carrément ce texte et la comparaison entre le projet de constitution et la constitution en vigueur, pour sortir de cette torsion quelques gouttes de parfaite mauvaise foi et de confusion volontaire entre «reculs» (il faut faire accroire que le projet est «rétrograde») et statu quo (il n'est que trop fidèle à la constitution actuelle).
Et c'est ainsi que les syndicats appellent à voter « non »  parce que le projet de la constituante ne dit rien sur le salaire minimum alors que la constitution actuelle n'en dit pas plus, que l'on dénonce un article posant l'action publique comme «complémentaire» de l'action privée alors que la constitution actuelle la pose comme « subsidiaire», c'est-à-dire secondaire, que l'on arrive à trouver un attentat contre la laïcité dans un texte qui affirme que l'Etat est laïc quand le texte en vigueur n'ose même pas prononcer le terme de « laïcité », et que le groupe pour une Suisse sans armée dénonce un scandale dans le fait que le projet de la Constituante rende possible l'utilisation de l'armée « à des fins civiles » mais oublie de préciser que c'est la constitution en vigueur qui autorise carrément le Conseil d'Etat à l'utiliser pour le « maintien de l'ordre public », comme le 9 novembre 1932...

Dans chacun des deux camps fortifiés qui catapultent l'un sur l'autre leurs paquets d'insanités péremptoires, on nous accusera -on nous accuse déjà- de trahison. Appeler à voter blanc, ce serait, pour les partisans du projet de constitution, favoriser son rejet -et pour les adversaires du projet, favoriser son acceptation. Le PS appelle à voter « oui »  ? en tant que socialistes nous trahirions le PS en appelant à voter blanc... la « gauche de la gauche » appelle à voter « non »? en tant que socialistes de gauche, nous trahirions la gauche socialiste.
Soit, acceptons l'étiquette de traître. C'est une belle étiquette, après tout : l'histoire n'a jamais avancé et n'a jamais été rendue supportable, que par les trahisons. Sans Judas, pas de christianisme. Sans trahison de l'ordre établi, pas de réforme, et moins encore de révolution. Et sans trahison de la révolution, la révolution mène plus sûrement au génocide qu'à l'avenir radieux. On se pare certes là un peu des plumes du paon, mais après tout, en trahissant le camp des « oui »  comme celui des « non » à la nouvelle constitution, on ne trahira jamais que la bêtise au front bovin de leurs argumentaires.


jeudi 12 juillet 2012

Projet de nouvelle constitution genevoise : Chaud, chaud, chaud, le débat sera chaud !

Le 18 juin,  le PS et les Verts se sont prononcés sur le projet de nouvelle constitution genevoise, issu des travaux de l'Assemblée Constituante -un prononcement qui vaut mot d'ordre pour le vote d'octobre prochain. Les socialistes appellent, par 32 voix contre 18, à soutenir ce projet, les Verts le soutiennent également, à une majorité moindre (45 voix contre 11), les deux groupes au sein de la Constituante l'ayant préalablement accepté.  Mais le jeudi précédent, la Communauté genevoise d'action syndicale (une Genferei dont nous pouvons être heureux, puisqu'il s'agit d'un regroupement de tous les syndicats du canton, à une temporaire bouderie du SSP près) a quant à elle appelé, à l'unanimité de son assemblée des délégués, au refus du projet de nouvelle constitution, pour sanctionner la méthode de la droite consistant à imposer un rapport de force pour pondre un avant-projet inacceptable pour la gauche, mais aussi pour dénoncer les manques du texte, notamment l'abandon du droit d'éligibilité des étrangers et la restriction du droit de grève. SolidaritéS et l'AVIVO appelant également à refuser le projet que soutiennent socialistes et verts, le débat à gauche va être plus chaud que le texte tiède dont il est l'enjeu...

« Les socialistes tiendront cependant un certain nombre de points comme suffisamment fondamentaux...»


A l'Assemblée générale socialiste, on n'avait le choix qu'entre deux mots d'ordre pour le vote sur le projet de nouvelle constitution genevoise : le « oui »  et le « non ». On a voté « non ». Et on appellera ici à voter blanc. Logique ? D'une certaine manière (la nôtre) et d'une certaine logique (la nôtre), les seules à vrai dire qui nous importent, en tout cas. Car sur quoi peut se fonder le choix d'un mot d'ordre sur un projet de nouvelle constitution, opposé au texte de la constitution en vigueur ? D'abord, sur une comparaison entre ces deux textes, l'actuel et le projeté; ensuite, sur une comparaison entre le projet issu de la Constituante et ce que nous en attendions. De la première comparaison, celle entre la vieille constitution genevoise et celle qu'on propose pour la remplacer, et de la question « le projet est-il meilleur que le texte en vigueur », la réponse sera normande : oui, et non. Oui, sur la forme. Et non, ou plutôt : pas suffisamment, sur le fond. Il contient des avancées, mais aussi au moins trois reculs : le nombre de signatures exigibles pour faire aboutir un référendum «normal» et une initiative va augmenter (alors que nous proposions de le réduire), la durée d'une législature passe de quatre à cinq ans, ce qui réduit forcément le contrôle populaire sur la composition du parlement et du gouvernement, et on nous inflige une chefferie quinquennale de gouvernement (une présidence du Conseil d'Etat) parfaitement superfétatoire (sauf, évidemment, pour qui l'exercera).


On ne part pas de zéro, et on n'y aboutira pas si le projet de la Constituante devait être refusé : on maintiendrait simplement la constitution actuelle en son rôle et son état, et en celui des garanties qu'elle donne, ou ne donne pas, aux droits qu'elle proclame. En fait,. on ne risque pas plus à dire « non » au projet de nouvelle constitution qu'à lui dire « oui »... Et on ne trahit pas plus nos « fondamentaux » en acceptant le projet qu'en le refusant. Mais en appelant, comme nous le faisons, à voter « blanc »  à ce texte, on dit deux choses : d'abord, qu'il n'est pas l'abomination néolibérale de la désolation fascisante en quoi une partie de la gauche joue à le voir. Ensuite, qu'il est fort loin d'être ce que nous en attendions. Et que dès lors, il nous importe finalement assez peu qu'il soit ou non accepté, puisque dans l'un ou l'autre cas il faudra multiplier les initiatives pour y mettre, ou mettre dans l'actuelle constitution, ce qui y manque et que nous proposions dans notre « feuille de route » de 2008 (élection de la Constituante...) qui avertissait que « les socialistes tiendront un certain nombre de points comme suffisamment fondamentaux pour que leur respect conditionne leur approbation du texte final ». D'entre ces points, sans doute: le développement des droits justiciables, l'éligibilité municipale (et cantonale) des étrangers, la motion populaire, le référendum des communes et des villes, le taux d'imposition communale unique, la parité des genres sur les listes électorales, la limitation des mandats électifs et l'interdiction de leur cumul. Or aucun de ces points n'est contenu dans le projet de nouvelle constitution... la conclusion devrait s'imposer d'elle-même : le compte n'y est pas -et de loin.


Voter « blanc », ce n'est pas s'abstenir. C'est dire que ce texte ne nous révulse ni ne nous convient. Qu'il ne mérite ni l'exécration que lui vouent les uns, ni l'enthousiasme dont font mine les autres. Et surtout qu'il n'est nullement, ni à la hauteur des enjeux d'une constitution pour Genève en 2012, ni, et encore moins, à la hauteur de nos attentes.Disons qu'il est à la hauteur de la dépense consentie pour qu'il ait été pondu : 15 millions, en trois ans. L'équivalent, mais en trois ans, d'une subvention municipale annuelle au Grand Théâtre -mais pour une production finale plus proche du "Postillon de Longjumeau" que d'un grand Wagner...

mardi 3 juillet 2012

Constituante : les jeux sont faits, rien ne va plus ?

Impairs, impasses et manques 

Comme l'annonçait, sans grand risque de se tromper, « Le Temps », la Constituante genevoise « ne déclenchera pas de révolution » avec son projet de nouvelle constitution cantonale. Un projet de constitution « sans audace » après que le choix ait été fait du « raisonnable », selon le mot de la coprésidente verte de l'assemblée, Marguerite Contat Hickel. Le choix du « raisonnable » ou le calcul délibéré du terne, pour assurer au texte une majorité, même plus résignée qu'enthousiaste, lorsqu'il sera soumis au vote populaire, en octobre prochain ? Les fronts sont déjà presque dessinés pour ce vote : la droite démocratique, le PS, les Verts appelleront à voter « oui », solidaritéS et l'AVIVO à voter « non » et on n'a plus guère d'incertitudes, mesurées, que sur le prononcement de l'extrême-droite et des associations. Mais quelque mot d'ordre que l'on finisse par donner, la question qui se posera est bien : « A quoi bon cet exercice de réécriture ? »... Et donc à quoi bon l'accepter ? Et même : à quoi bon le refuser ? 

Ni l'honneur d'un enthousiasme, ni l'indignité d'une réprobation... 

La Constituante genevoise n'est pas seule, ni même première, responsable de la grisaille de sa proposition : la loi l'instituant ne lui laissait la possibilité que de présenter un seul texte, lui donnait un temps largement excessif pour le faire, et la faisait pratiquement élire sur le même mode que le Grand Conseil (les apparentements en moins, et avec un quorum un peu plus bas, mais sans ouverture aux étrangers, sans abaissement du droit de vote et d'élligibilité, sans parité des genres sur les listes, et sans assez d'incompatibilités entre les mandats de constituants et d'autres mandats politiques). Résultat : une assemblée élue avec une abstention atteignant les deux tiers du corps électoral, à 80 % masculine, où les plus de 60 ans étaient sur-représentés et les vieilles gloires politiques pouvaient reproduire leurs vieilles querelles. Le résultat final coule de cette source. Ses principales innovations tiennent du gadget pour ce qui concerne l'architecture institutionnelle de la République : la législature serait prolongée d'un an, les député-e-s seraient flanqué-e-s de suppléant-e-s, les élections aux exécutifs se feraient à la majorité absolue au premier tour, le Conseil d'Etat serait présidé par la même personne pendant cinq ans, Genève se doterait d'une Cour constitutionnelle... des changements formels, sans grande incidence sur la qualité d'une démocratie... sauf à la péjorer (comme le fait la fixation du nombre de signatures en fonction du corps électoral) ou à atténuer le contrôle que peut exercer le peuple sur ses élus (c'est à cela qu'aboutit, en l'absence d'un droit populaire de révocation des élus, l'allongement de la législature). 

Le texte qui sera soumis au peuple en octobre contient cependant certaines avancées. Il implique aussi des reculs. Il pèse surtout de son poids de renoncement aux changements. Le « bon » l'emporte-t-il sur le «mauvais» ou ne fait-il que le compenser ? Le «mauvais» l'emporte-t-il sur le bon ou ne fait-il que le contrebalancer, comme dans un marchandage de souk (les fameux « accords de convergences » entre groupes pour minimiser le risque d'un refus populaire ? Certaines associations ont déjà soupesé le texte, et ont déduit de cette pesée leur mot d'ordre pour octobre : La Fédération genevoise des associations de personnes handicapées a pointé d'importantes innovations dans le projet de nouvelle constitution cantonale, ce qui la conduit à soutenir ce projet: accès garanti aux lieux publics, adaptabilité des nouvelles constructions, droit à l'assistance personnelle, reconnaissance de la langue des signes, meilleure protection des droits politiques des personnes sous tutelle... En revanche, la campagne ViVRe (Vivre Voter Représenter), qui a défendu l'extension des droits politiques aux étrangers et considère que le refus final de cette extension dévalue totalement le projet de constitution, appellera à refuser ce projet. Mais le travail des partis politiques est autre que celui, parcellaire, des associations, des lobbies et des groupes d'intérêt : il est, il doit être, un travail d'examen global. 
Alors, qu'en faire, et qu'en dire,  de ce texte ? Qu'on le confronte à nos ambitions (la « feuille de route » socialiste, par exemple), au statu quo (la constitution actuelle) ou à nos craintes (un recul sur des enjeux essentiels), et le brandir avec enthousiasme paraîtra aussi ridicule que le présenter comme un manifeste néo-libéral : il ne mérite ni cet honneur, ni cette indignité. Pour que l'on puisse le soutenir avec enthousiasme ou le condamner avec fureur, il lui faudrait une force, une ambition, une radicalité qu'il n'a pas. Ni dans un sens (de gauche), ni dans l'autre (de droite) : cette eau tiède ne brûle ni ne glace. Et qu'au final, le peuple souverain l'accepte ou la refuse ne changera pas grand chose : si elle était refusée,. ses quelques avancées pourraient faire l'objet d'initiatives modifiant la constitution actuelle, si elle était acceptée ses nombreuses insuffisances pourraient être compensées par la même méthode. 
On n'appellera pas ici à l'abstention en octobre prochain, lorsque le texte sera soumis au peuple : ce serait une solution de facilité, trop confortable pour être significative, l'abstention s'annonçant d'ores et déjà, sinon massive, du moins majoritaire. 
Dire « oui » ? Ce serait manifester une adhésion à un texte qui ne mérite guère qu'une indulgence. 
Dire « non » ? La tentation en est forte, mais ce « non » témoignerait plus d'une attente déçue que d'un refus fondamental. 
Et si la réponse à la question « tout ça pour ça ? » passait par un appel au vote blanc ?

dimanche 10 juin 2012

Projet de nouvelle constitution genevoise : Tout ça pour ça ?




La troisième débat sur le projet de nouvelle constitution genevoise est terminé et l'Assemblée constituante lance une campagne d'information pour sensibiliser la population à ses travaux et à leur (glorieux) résultat en vue de la votation populaire du 14 octobre prochain. Six « soirées thématiques » sont donc prévues pour permettre aux constituants de rencontrer la population (au nom de qui ils ont pondu leur texte) et à la population d'apprendre leur existence et de rencontrer les constituants qu'elle a élus, ou, plus majoritairement, laissé élire. Les deux premières de ces soirées sont organisées à Genève : la première, hier soir, la seconde, le 23 mai, à la Maison de retraite du Petit-Saconnex. Vu la composition générationnelle de la Constituante, directement du producteur au consommateur.... Mais on n'ironisera pas plus, c'est pas notre genre, sur le choix du lieu. Ce genre d'ironie n'est d'ailleurs plus de notre âge. 

Produire du confit pour éviter le conflit ?

Le 31 mai, l'Assemblée constituante a voté l'ensemble du projet de constitution qui sera soumis au vote populaire le 14 octobre. Et si les fronts ne sont pas encore connus dans leur détail, au sein de l'assemblée le vote ne faisait aucun doute : le texte a été accepté à une forte majorité (la droite démocratique, le PS et les Verts, en tout cas). Mais des oppositions sont déjà annoncées : le groupe AVIVO, par exemple, n'aura pas attendu la fin de la troisième lecture du projet de constitution pour dire tout le mal qu'il en pense -et en pensait depuis longtemps : il appelle d'ores et déjà à refuser ce qui sortira le 31 mai de l'assemblée.

Les efforts pour gommer les aspérités possibles du texte et désarmer les oppositions prévisibles ont été nombreux, et deux propositions faisant conflit politique, de celles qui permettraient réellement de distinguer à la fois une constitution de gauche d'une constitution de droite, ont été sorties du projet : le droit d'éligibilité des étrangers au niveau communal, la taxation fiscale sur le seul lieu de domicile. La droite ne voulait pas de la première, la gauche ne voulait pas de la seconde, le projet sera expurgé des deux et on attend de cette purge le désarmement de deux oppositions qui, additionnées, menaçaient de condamner purement et simplement le résultat du travail de la Constituante. Pour des raisons semblables (désarmer les oppositions), plusieurs autres propositions ont été purement et simplement abandonnées : le transfert des grandes institutions culturelles et sportives au canton, la réduction de l'autonomie des communes, la radicalisation du « frein à l'endettement ». Enfin, des articles concernant la politique énergétique et l'engagement antinucléaire du canton, que la droite avait initialement refusés vont être réintégrés dans le texte, histoire d'amadouer une partie de la gauche. Sur ces points, comme sur le droit d'éligibilité des étrangers et l'imposition au lieu de travail, on en revient donc à la constitution actuelle. Pas de régression, pas de progrès, le statu quo. Pour éviter le conflit, la constituante a produit du confit.

Des reculs, cependant, les opposants déjà déclarés au projet de nouvelle constitution en pointent : la réduction des droits et des possibilités de contrôle démocratiques (élections plus espacées, chefferie quinquennale du Conseil d'Etat, augmentation programmée du nombre de signatures requises pour les référendums et les initiatives populaires), le rôle de l'Etat défini comme complémentaire de celui de l'«initiative privée», la suppression de la garantie de couverture des déficits des établissements publics médicaux, l'absence du rôle de l'Etat dans la concrétisation du principe d'égalité entre femmes et hommes...  Et puis, en sus des reculs, il y a le refus des avancées : le quorum électoral n'est pas abaissé, la parité femmes-hommes sur les listes électorales n'est pas imposée, l'égibilité municipale des étrangers n'est pas accordée.

Et nous, alors, qu'en diras-t-on, de ce projet ? On en dira qu'il faut en juger en le comparant à la fois à la constitution actuelle (quels sont les progrès, quels sont les reculs, qui l'emporte des progrès et des reculs ?) et aux engagements pris lors de l'électiion de la constituante (pour les socialistes : leur « feuille de route ») : quels engagements ont été tenus, quels engagements ont été oubliés, quels reculs proclamés comme inacceptables ont été effectués, quelles avancées proclamées comme nécessaires ont été refusées ? C'est le résultat de ces comparaisons qui devrait dicter nos mots d'ordres : un NON clair si le projet de nouvelle constitution est, sur le fond, plus mauvais que la constitution actuelle, un OUI s'il est meilleur, une indifférence polie et un vote blanc si la seule différence entre les deux textes tient de la cosmétique ou du ravalement de façade. Parce qu'enfin, si mal élue qu'elle ait été, on n'a pas élu une constituante pour passer du ripolin sur la constitution actuelle, mais pour en changer. Pour produire un texte véritablement neuf. Qu'il soit de gauche ou de droite, mais qu'il tienne debout tout seul, qu'on puisse en débattre sur le fond, et pas sur la forme, et qu'on puisse débattre de propositions fortes, et pas de compromis mollachus.
Mais à nous qui voulions du piment, on sert de la guimauve...

jeudi 24 mai 2012

Fonds de tiroirs


L'Assemblée constituante genevoise lance une campagne d'information pour sensibiliser la population à ses travaux et à leur (glorieux) résultat en vue de la votation populaire du 14 octobre prochain, sur le projet de nouvelle constitution cantonale. Six « soirées thématiques » sont donc prévues pour permettre aux constituants de rencontrer la population (ah bon, il faut leur organiser des soirées pour qu'ils rencontrent la population ?) et à la population de rencontrer les constituants. Et pour commencer : d'apprendre leur existence.  Les deux premières de ces soirées sont organisées à Genève : la première, le 10 mai, à Uni Bastions, la seconde, le 23 mai, à la Maison de retraite du Petit-Saconnex.  Et c'est un excellent choix, le bac à sable et l'EMS. Directement du producteur au consommateur, en somme...

Elle pensait avoir trouvé un truc infaillible pour faire passer son projet de nouvelle constitution, la Constituante genevoise : en sortir les deux propositions qui susciteraient le plus d'oppositions (l'éligibilité municipale des étrangers, qui donne des boutons à la droite de la droite, et l'imposition au seul lieu de domicile, qui mobilise contre elle les communes et la gauche), et les soumettre aux citoyens et yennes en un vote séparé. Ben non, a rétorqué le Conseil d'Etat, c'est pas possible, vous n'avez pas le droit de tronçonner le résultat de vos cogitations, la loi vous oblige à ne présenter qu'un seul projet, en une seule votation. Bref, vous ne pouvez pas vous défiler : soit les deux propositions contestées sont définitivement sorties du projet, et pas question de voter sur elles ensuite, soit elles y sont réintégrées (les deux, ou une seule des deux) et elles sont votées avec le reste. Non mais, qu'est-ce que c'est que cette constitution en kit que la Constituante voudrait proposer ? Du droit constitutionnel façon Ikéa ?

Bon, finalement, on ne votera pas sur les deux dispositions (le droit d'éligibilité municipale des étrangers et la fin de l'imposition au lieu de travail que la Constituante a sorties de son projet de Constitution parce qu'elles risquaient d'ajouter deux oppositions à ce projet au moment de sa soumission au peuple. Les deux dispositions ont donc été sorties du projet une fois pour toutes.  De mauvaises langues de gauche (si, si, y'en a) se sont empressées d'ajouter que si on devait sortir du projet toutes les dispositions qui risquaient de susciter une opposition, il n'y resterait plus grand chose de neuf, dans le projet. Des mauvaises langues, on vous dit...
 

Nouvelles de la Constituhante : Le groupe « Radical Ouverture » regrette l'acceptation du droit d'éligibilité municipale des étrangers par la Constituante, en deuxième lecture. Le groupe « Radical Ouverture » a l'ouverture congrue. Il a surtout peur, le groupe Radical Entrebaillement que cette disposition «  avant-gardiste »  (tu parles d'une avant-garde : donner le droit d'éligibilité à des gens qui avaient déjà le droit de vote...) risque de faire échouer tout le projet de constitution. Dans lequel y'a des dispositions auxquelles le groupe Radical Pied dans la porte tient mordicus. Notamment celle qui prive la Ville de Genève de dizaines de millions de francs de ressources fiscales par an. C'est d'ailleurs pour faire soutenir le projet final par au moins une partie (la plus molle) de la gauche qu'une partie (la plus intelligente) de la droite a laissé passer le droit d'éligibilité des étrangers. Apparemment, le groupe Radical Soupirail ne fait pas partie de la partie la plus intelligente de la droite de la Constituante. C'est Kunz qui a écrit le communiqué du groupe Radical Meurtrière ?

Il y a au moins une institution politique genevoise qui ne nous décevra jamais : la Constituante. Le 9 février, elle a successivement voté la suppression de l'imposition au lieu de travail (pour ne garder que celle au lieu de domicile) et refusé, à l'appel de Longfavre,  de transférer au canton la charge financière des infrastructures culturelles et sportives d'importance cantonale et régionale. Résultat, si on acceptait le pensum de la Constituante : les communes qui assument la charge financière de ces grandes infrastructures (le Grand Théâtre, par exemple cité au hasard) devraient continuer à les payer, mais avec des ressources réduites (la Ville de Genève perdrait 120 millions par la suppression de l'imposition au lieu de travail : en gros, ce qu'elle consacre aux grandes institutions culturelles sises sur son territoire, mais ujtilisées par la population de toute la région). Elle est simple comme un racket, la méthode de la constituante : je décide, tu paies...

La droite avait pensé faire un bon coup, à la Constituante  : elle avait proposé d'inscrire carrément dans la constitution la réalisation d'une traversée routière du lac, comme l'une des tâches de l'Etat. Comme elle est majoritaire à la constituante, la droite, elle pensait que l'affaire était dans le sac. Las ! quelques UDC ont voté contre l'amendement proposé par l'Entente, le MCG et soutenu par le reste de l'UDC (qui vient d'ailleurs de lancer une initiative populaire demandant précisément une traversée routière du lac, ce qui pourrait avoir inciter quelques udécistes à ne pas vouloir lâcher cet os). D'où une grosse grosse colère, sur leurs blogs, du MCG Patrick Dimier et du PLR Pierre Kunz, qui annonce carrément que, du coup, la droite appellera à voter contre le projet de constitution (chiche !)... On n'a pas souvent l'occasion de se marrer, avec la Constituante, alors quand l'UDC nous en donne une aux dépens du reste de la droite, on va pas la louper...

On sait que vous en êtes friands, alors on vous en donne : des nouvelles de la Constituante. Ben si, elle existe toujours, elle siège toujours, et elle va encore siéger. Donc voilà, elle a terminé la deuxième lecture, à haute voix, et même sans images, de son projet de nouvelle constitution genevoise. Elle en a profité pour tirer le projet un peu plus à droite (renforcement du frein à l'endettement, purge des articles relatifs aux établissements de droit public). Elle doit encore le relire une fois, la troisième (elle ne s'en lasse pas), mais ne pourra plus le modifier, sauf décision d'une majorité absolue des membres de l'assemblée, absents compris, pour entamer à nouveau une discussion sur un article. Quatre sessions sont encore prévues pour cette troisième lecture, le vote final aura lieu le 31 mai, le texte sera ensuite remis au Conseil d'Etat, qui dira ce qu'il en pense (le Grand Conseil ne sera pas consulté), puis au peuple. Qui le refusera, le 14 octobre prochain. Soit le 23 vendémiaire, jour des navets. ça ne s'invente pas, ce genre de coïncidences...

Petit marchandages dans le souk constituant genevois : la droite vire l'une des rares avancées du projet de nouvelles constitution,  le droit d'éligibilité communale des étrangers,  et en échange réintègre l'imposition au lieu de travail. But de l'exercice : désarmer deux oppositions potentielles au projet, celle de l'extrême-droite au droit d'éligibilité, celle de la gauche à la réforme de la fiscalité. C'est qu'on ne veut pas se retrouver en octobre avec le résultat de deux ans de palabres balancés à la poubelle par les citoyennes et yens au nom de qui on a palabré. Et qu'on va donc leur servir une bouillasse tiède, « un texte qui manque de souffle », comme le qualifie déjà le Constituant associatif Yves Lador (dont le groupe a (sauf erreur) participé aux négociations avec la droite pour un « accord de convergence ». On sent qu'il va être exaltant, le débat sur le projet final. Et qu'on va pouvoir se dire qu'après tout, elle aura au moins servi à une chose, mais une seule, la Constituante : à alimenter les caisses des partis grâce aux jetons de présence des constituants. De là à en tirer la conclusion politique qu'il faudra dire «oui» à ce qui en est ressorti, même par gratitude financière, on hésite...


mercredi 22 février 2012

Le projet de nouvelles constitution genevoise en deuxième lecture : Bricolages et rabotages

L'Assemblée Constituante genevoise « construit la future constitution », annonce la dernière livraison de la « Lettre de la Constituante ». C'est au pied du mur qu'on reconnaît le maçon : en septembre dernier, l'entrée en matière sur l'avant-projet avait été acceptée, et l'assemblée a entamé ce mois la deuxième lecture du projet de nouvelle Constitution. Et elle l'a entamé par une polémique sur le statut de « déclarations interprétatives » dont des constituants souhaitent garnir le projet au prétexte de clarifier les intentions de ses auteurs (c'est-à-dire d'eux-mêmes). Le problème, c'est que ces déclarations, qui ne devraient avoir aucune valeur n'étant pas votées par le peuple, ni même sérieusement débattues par la Constituante, ont tout de même un poids et pourraient servir de référence au Tribunal fédéral pour jauger du respect ou non de telle ou telle disposition constitutionnelle. Bref, les bricolages continuent. Et le rabotage des belles intentions initiales, notamment en termes de droits démocratiques sociaux, aussi...

Le vain est tiré et on peut ne pas le boire...


En octobre dernier, constatant qu'à Genève, la Constituante était « passée d'un projet d'avenir à une machine à remonter le temps », et que « pour changer ce cours des choses, il (fallait) plus qu'une réponse institutionnelle visant la dissolution » de cette assemblée, ce qu'avait proposé alors le président du PS genevois, Carlo Sommaruga invitait à un « acte symbolique fort, qui permette de reprendre l'initiative politique et mettre fin à l'hégémonie idéologique des anciens combattants de la droite réactionnaire » (chacun sachant qu'il n'y a, évidemment, pas de gauche réactionnaire) : que l'ensemble des forces « progressistes » suspendent leur participation à la Constituant et fondent une « Constituante alternative, la Constituante du progrès social et de l'avenir durable ». Trois mois plus tard, on en est où ? Ben, au même point qu'en octobre. Autant dire : nulle part.


L'élargissement des droits politiques, l'un des enjeux principaux, voire l'enjeu essentiel d'un débat constitutionnel, dans une démocratie, n'a pas été relevé. Autant dire que sur ce point fondamental, l'exercice constituant genevois aura été inutile... Ainsi, la Constituante tente de se débarrasser de la revendication de l'élargissement des droits politiques des étrangers en la sortant du projet de nouvelle constitution pour la faire voter à part, alors même que la loi instaurant la constituante impose à celle-ci de ne présenter qu'un seul et unique texte de nouvelle constitution (mais il manquait sans doute une « déclaration interprétative » à la loi pour faire comprendre à la droite ce que cela signifie); la facilitation de l'exercice des droits d'initiative et de référendum par la diminution du nombre de signatures nécessaires est également passée à la trappe. S'agissant des droits sociaux, les syndicats ont dressé la liste des contentieux (dont la privation du droit des étrangers à être juges prud'hommes et la limitation du droit de grève par une obligation de « service minimum » qu'on ne définit pas et dont on ne précise rien) qui, s'ils n'étaient pas réglés, provoqueraient un appel de la Communauté genevoise d'action syndicale à refuser le projet.


Carlo Sommaruga plaidait pour « une sortie fracassante des forces progressistes » de la Constituante, afin de délégitimer cette assemblée de vieux mâles réactionnaires, et suggérait à ces forces de s'assembler en une Constituante « alternative » capable de donner « un nouveau souffle aux débats sur les enjeux sociaux et sociétaux » et d'élaborer une charte fondamentale « progressiste et durable » (tout discours socialiste ne contenant pas le qualificatif de « durable » étant un discours incomplet). Trois mois plus tard, les «forces progressistes» sont restées rivées à leurs sièges à la Constituante et continuent d'y jouer les utilités. Et la seule constituante alternative que nous ayons à opposer à ce qui sortira des débats du cénacle constituant reste celle (durable, pour le coup...) qui a pondu la constitution cantonale de 1847. Avec tous ses défauts et tous ses archaïsmes. C'est dire si, pour prometteur qu'il était au départ, l'exercice constituant genevois se sera (ou s'est déjà) révélé vain. A l'automne, on votera sur le résultat de cet exercice. Or ce n'est pas parce que le vain est tiré qu'il faut se sentir obligé de le boire...

dimanche 18 décembre 2011

Fonds de tiroir

La droite baisse un peu pavillon à la Constituante, histoire de sauver les quelques chances qui reste à cette auguste assemblée de faire passer le produit de ses cogitations en votation populaire l'année prochaine : elle a ainsi accepté de réintégrer dans le texte de son projet une partie des dispositions anti-nucléaires de la constitution actuelle et les principes (mais pas les textes) issue des initiatives contre les chiens dangereux et contre la « fumée passive ». Elle a aussi admis que l'accès aux rives du lac soit ouvert au public, mais en respectant « les intérêts publics et privés prépondérants ». Au nombre desquels, sans doute, celui des propriétaires de villas « pieds dans l'eau » peu désireux de voir la plèbe déambuler sous les fenêtres de leurs boudoirs. « Le Courrier » résume : «les Constituants mettent un peu de vert dans leur projet» . Qu'est-ce qu'il faut pas faire pour donner aux Verts et au PS l'occasion de se dire qu'ils ont servi à quelque chose dans la Constituante....

vendredi 16 septembre 2011

Au prétexte du naufrage annoncé de la Constituante genevoise

Le lien politique : adhésion ou contrat ?

Ce qui est en cause dans tout débat sur la réforme des institutions politiques, et ce que la Constituante genevoise, si elle avait fait son boulot, aurait du s'attacher à réformer, est la nature du lien ou du contrat politiques, et l’identité de qui le tisse ou le conclut. Qui est le Souverain ? Sur quoi s’exerce sa souveraineté ? Le choix se fait entre l’adhésion et le contrat: l’adhésion qui se fait à ce qui déjà existe, et le contrat qui créée ce qui sans lui n’existerait pas et avant lui n’existait pas. De la nature de ce choix découle la nature du lien politique, le type d’institutions matérialisant ce lien, l’étendue des droits et des libertés des individus formant le corps politique.

2012 : année Rousseau -et du naufrage constituant.

On aurait pu célébrer l'année Rousseau, en 2012, par le vote d'une nouvelle Constitution réécrivant le contrat social et politique qui fonde la République -on la célébrera vraisemblablement par le refus d'un projet stupidement revanchard, bâclé, indigne du temps passé et des moyens octroyés à sa ponte -mais que la Constituante va tout de même passer 14 séances à raboter, avant sans doute que le peuple n'en fasse des copeaux. Le débat fondamental n'aura pas eu lieu, et nous sommes toujours confrontés à la nécessité d’un choix entre deux conception antagoniques du politique, et donc des institutions : celle qui privilégie l’appartenance, et celle qui privilégie l’autonomie. Nous choisissons la seconde, mais nous savons vivre dans un monde bâti sur la première, cela seul suffisant à justifier la volonté de le changer –et d’en changer les institutions. L’adhésion ou le contrat fondent des rapports très différents aux institutions politiques, et au corps politique lui-même –deux types idéaux qui sont un peu l’un à l’autre ce que la communauté est à la société, ou la détermination à l’autonomie. Là où l’adhésion entraîne l’appartenance, le contrat établit un rapport d’autonomie ; quand l’appartenance fonde une communauté ou une nation, le contrat crée une république. Ainsi est-on membre de ce à quoi l’on adhère et sujet du pouvoir qui y règne, quand on est citoyen de ce que l’on a créé par contrat : le sujet est un composant du corps politique, le citoyen constitue ce corps. Il s’agit bien de deux logiques différentes, contradictoires : dans le première, l’individu n’est rien sans ce à quoi il adhère, nation ou tribu ; il n’est quelque chose politiquement que par ce dont il est membre. Sa liberté, ses droits, son identité politique lui sont octroyés en échange de son adhésion, et sont le prix du lien qu’est cette adhésion. En revanche, la logique du contrat est d’autonomie individuelle et collective : l’individu est fondateur d’un ordre politique dont il reste, pour tout ce qui le concerne, le maître, comme il est maître de son association aux autres ; il est seul juge de son propre respect des termes du contrat qu’il a passé, qu’il peut renégocier ou rompre. On reconnaît certes ici la différence entre des régimes politiques fondés sur le principe de soumission et des régimes politiques fondés sur le principe d’autonomie, mais plus profondément encore, à l’intérieur même des normes formelles de la démocratie et des régimes qui s’y réfèrent, une contradiction radicale entre l'Etat et la cité : l’apparente submersion historique de la seconde par le premier, depuis plus de deux siècles, n’a rien résolu de cette contradiction, pas plus que la « supranationalité » continentale (l’Union Européenne), mondiale (l’ONU) ou économique (l’ordre marchand et financier) n’en est le dépassement. La démocratie, en somme, reste à inventer.

vendredi 1 juillet 2011

Institutions et citoyenneté : les termes d'un débat

Nos institutions politiques nous viennent d'un temps qui, s'ils furent de naissance de la démocratie (ou plutôt : d'une certaine forme, tronquée, de démocratie) furent aussi ceux de la contention de la démocratie dans des limites qui ne furent pas fixées par les citoyens (et moins encore par les citoyennes), ou par les peuples, mais par les pouvoirs politiques eux-mêmes. Ces institutions (l'Etat et ses appareils, la nation et ses idéologies) sont d'une démocratie vieillie, partielle, amputée ; d'une démocratie fondée sur la nation par crainte du peuple, sur le territoire par crainte de l'étranger et sur l'Etat par crainte des citoyens (et plus encore, sans doute, des citoyennes). Ces institutions sont de fermeture. A l'égard des étrangers, d'abord (les droits politiques restent pour l'essentiel le privilège d'un indigénat déterminé par la naissance et le territoire, ou l'octroi à bien plaire de la nationalité par naturalisation -il n'est d'ailleurs pas sans ironie que le même terme signifie l'octroi de la nationalité et la taxidermie des cadavres) ; à l'égard des jeunes et des femmes ensuite ; des marges sociales, culturelles et politiques, enfin. Et des pauvres, surtout, de ces « classes dangereuses » que par mille moyens l'on tenait éloignées de l'exercice des droits que l'on proclamait par ailleurs.

La démocratie : le contrat contre l'adhésion

De vieux mots peuvent encore dire de nouveaux projets: Nation, République, Commune, et même souveraineté… De ces mots, il y a meilleur usage possible que celui qu'en font aujourd'hui, en Suisse comme dans toute l'Europe, des forces politiques qui, réduisant la Nation à la tribu, la République à la communauté, la Commune au folklore et la souveraineté au pouvoir, ne s'adressent aux citoyens qu'avec la volonté d'en refaire des sujets, consentants à le redevenir. Ce qui est en cause dans tout débat sur la réforme des institutions politiques, comme dans le débat qui aurait pu avoir lieu dans la Constituante genevoise si la Constituante genevoise s'était révélée autre chose que le piètre cénacle en quoi elle s'est elle-même réduite, est la nature du lien ou du contrat politiques, et l'identité de qui le tisse ou le conclut. Qui est le Souverain ? Sur quoi s'exerce sa souveraineté ? Le choix se fait entre l'adhésion et le contrat : l'adhésion, qui se fait à ce qui déjà existe, et le contrat qui créée ce qui sans lui n'existerait pas, et avant lui n'existe pas. De la nature de ce choix découle la nature du lien politique, le type d'institutions matérialisant ce lien, l'étendue des droits et des libertés des individus formant le corps politique. Nos institutions, comme celles de toutes les démocraties contemporaines, nous viennent d'un temps où la confusion de l'adhésion et du contrat aboutissait à l'identification de la Nation et de l'Etat là où la nation existait déjà, ou à la création volontariste d'une nation encore inexistante par un Etat né d'une autre source que d'une réalité nationale (de l'intérêt des puissances voisines, par exemple, ou du refus de communautés culturelles, sociales, économies, d'être parties prenantes d'un Etat créé par d'autres). L'adhésion ou le contrat fondent des rapports très différents aux institutions politiques, et au corps politique lui-même -deux types idéaux qui sont un peu l'un à l'autre ce que la communauté est à la société, ou la détermination à l'autonomie. Là où l'adhésion entraîne l'appartenance, le contrat établit un rapport d'autonomie ; quand l'appartenance fonde une communauté ou une nation, le contrat crée une république. Ainsi est-on membre de ce à quoi l'on adhère, et sujet du pouvoir qui y règne, quand on est citoyen de ce que l'on a créé par contrat : le sujet est un composant du corps politique, le citoyen constitue ce corps. Il s'agit bien de deux logiques différentes, contradictoires : dans le première, l'individu n'est rien sans ce à quoi il adhère, nation ou tribu ; il n'est « quelque chose » politiquement que par ce dont il est membre. Sa liberté, ses droits, son identité politique lui sont octroyés en échange de son adhésion, et sont le prix du lien qu'est cette adhésion. En revanche, la logique du contrat est d'autonomie individuelle et collective : l'individu est fondateur d'un ordre politique dont il reste, pour tout ce qui le concerne, le maître, comme il est maître de son association aux autres ; il est seul juge de son propre respect des termes du contrat qu'il a passé, qu'il peut renégocier ou rompre. On reconnaît certes ici la différence entre des régimes politiques fondés sur le principe de soumission et des régimes politiques fondés sur le principe d'autonomie, mais plus profondément encore, à l'intérieur même des normes formelles de la démocratie et des régimes qui s'y réfèrent, une contradiction radicale entre la nation et la cité : l'apparente submersion historique de la seconde par la première, depuis plus de deux siècles, n'a rien résolu de cette contradiction, pas plus que la «supranationalité » continentale (l'Union Européenne), mondiale (l'ONU) ou économique (l'ordre marchand et financier) n'en est le dépassement. Nous sommes toujours confrontés à la nécessité d'un choix entre deux conception antagoniques du politique, et donc des institutions : celle qui privilégie l'appartenance, et celle qui privilégie l'autonomie. Nous choisissons la seconde, mais nous savons vivre dans un monde bâti sur la première, cela seul suffisant à justifier la volonté de le changer -et d'en changer les institutions. Ou de s'abstraire des institutions existantes s'il devait se révéler impossible de les changer «de l'intérieur » -ou pire, s'il devait se révéler évident que non seulement nous n'arrivons pas à changer les institutions en lesquelles nous siégeons, mais que ce sont elles qui nous changent, en nous domestiquant, en nous faisant accepter leurs règles et leurs rites.

samedi 5 mars 2011

Consultation sur l'avant-projet de nouvelle constitution genevoise : Une Constitution ou un travail de séminaire ?

La Constituante ayant consenti à demander leur avis aux citoyennes et citoyens avant de leur balancer un projet de nouvelle constitution, son avant-projet est soumis à consultation jusqu'au 25 mars. Elle fera du résultat de cette consultation ce qu'elle veut, le peuple faisant lui-même du projet final ce qu'il voudra. Autant dire que si l'exercice consultatif n'est pas décisif, ni, compte tenu d'une certaine platitude du texte, franchement jouissif, on ne perd pas grand chose, sinon un peu de temps, à y participer... On attendait une nouvelle constitution ? On doit pour l'instant se contenter d'un travail de séminaire de droit constitutionnel. Qu'on nous demande de noter. Bah, pourquoi pas ?
(les documents utiles sont disponibles sur http://www.ge.ch/constituante, et on peut répondre en ligne à la consultation sur http://www.link.ch/constituante).

Quand deux impuissances se font face

Après deux ans de travaux, la constituante présente un bilan intermédiaire : son avant-projet de constitution. Et au terme de ces deux ans de travaux, deux impuissances se font face : celle de la droite à imposer son projet aux citoyennes et citoyens, celle de la gauche, à faire accepter son projet à la constituante. La consultation en cours pourrait bien n'être que la médication de ces impuissances, le moyen, pour la droite comme pour la gauche, de trouver une porte de sortie honorable afin de présenter, finalement, un texte acceptable par une majorité de celles et ceux à qui il sera soumis au vote populaire. L'avant projet de nouvelle constitution fait « bonne impression », juge « de prime abord » le chef du groupe groupe socialiste, Cyril Mizrahi qui y lit un texte « structuré et rédigé dans une langue moderne et claire». Certes, mais pour dire quoi ? Et à qui ? Même le très centriste Le Temps est frappé par le « côté raisonnable, peu inventif » de l'avant-projet, à quelques lignes (ainsi du droit à la résistance face à des violations des libertés fondamentales), quelques gadgets (les députés suppléants, la législature quinquennale, la présidence du gouvernement pendant ces 5 ans, les districts) et quelques prudentes ouvertures (la région, le salaire parental, la laïcité) près. Reste qu'en l'état, aucun groupe de la constituante ne soutient la totalité du texte, et les quelques apports de gauche que la droite a laissé passer (l'éligibilité municipale des étrangers) n'équilibrent de loin pas les recul et les silences qu'elle a imposés, sur le droit aux moyens de vivre, sur le droit au logement, sur l'interdiction des centrales nucléaires, sur les droits politiques des fonctionnaires, sur les freins à la spéculation immobilière, sur le « frein à l'endettement », sur l'égalité des droits entre femmes et hommes, sur les établissements publics, sur la Banque cantonale). La gauche menace donc de rejeter un texte « régressif en matière écologique et sociale», un texte « aux lacunes criantes et aux régressions inacceptables », et la droite traditionnelle (mais pas l'UDC ni le MCG, qui y trouvent d'autres motifs de rejet) de rejeter un texte final qui maintiendrait les quelques avancées que contient l'avant-projet en ce qui concerne les droits démocratiques (avancées pourtant compensées, si l'on peut en écrire ainsi, par des reculs). Mais qu'aurait-on à perdre à un refus ? Si le projet de la constituante est refusé, Genève ne se retrouvera pas sans constitution : la République gardera sa constitution actuelle. Le choix est donc simple : ou bien le projet représente une avancée par rapport au statu quo (en termes de droits politiques, de droits sociaux, de fonctionnement des collectivités, des institutions et des entreprises publiques, d'ouverture à la réalité régionale), et on pourra le soutenir, ou bien il représente un recul par rapport à la constitution actuelle, et il faudra le combattre. Or le projet soumis à consultation est clairement, sur presque tous les enjeux qui importent, régressif. Il a beau être écrit dans une langue qui satisfait les juristes, ce que cette langue exprime nous est, pour l'instant, inacceptable.

mercredi 23 février 2011

Constituante genevoise : Chouette, on est consultés !


Le 5 février prochain s'est ouverte la consultation (la seule et unique) organisée pour soumettre à l'appréciation de qui aura quelque chose à en dire l'avant-projet de nouvelle Constitution issue des travaux de la Constituante, outre un questionnaire plus général. Cette consultation (qui comprendra des stands dans la rue et des soirées débats) se terminera le 25 mars. En d'autres termes, elle se déroulera parallèlement aux élections municipales, sans que l'on puisse prédire laquelle des deux campagnes parasitera l'autre, ou sera submergée par elle... L'avant-projet de constitution genevoise est disponible sur internet (www.ge.ch/constituante/doc/constitution/avant_projet_130111_version_finale.pdf), comme d'ailleurs les thèses refusées et acceptées par la Constituante, et les rapports des 5 commissions thématiques. Quitte à le comparer à ce qu'aurait pu être une constitution de gauche (www.perso.ch/troubles/constitution.pdf) ou aux bonnes intentions des partis désireux de participer à l'exercice constituant (par exemple : www.ps-ge.ch/constituante), On ne saurait trop vous inciter à lire cet avant-projet, et à participer à la consultation (tout le monde peut le faire, sans condition d'âge ou de nationalité, puisqu'une constitution s'applique à tout le monde sur le territoire qu'elle norme).

Les feuilles de route, qu'on ramasse à la pelle

Mal élue, avec une abstention massive par un corps électoral réduit à ce qu'il est pour les élections cantonales (pas de droit d'élection, ni d'ailleurs d'éligibilité, pour les étrangers et les moins de 18 ans), reproduisant dans sa composition celle du « milieu politique » traditionnel (masculin, indigène, âgé, ayant siégé ou siégeant encore dans moult institutions publiques), la Constituante genevoise est arrivée, malaisément, et sans grande audace, au bout de la première étape de son travail : elle a pondu un avant-.projet de constitution, qui vaut ce qu'il vaut, c'est-à-dire pas grand chose, mais qu'elle a au moins décidé de soumettre à une consultation plus large qu'à celle des quelques dizaines de milliers de personnes qui l'avaient élue. Ecartés de l'élection, les étrangers et les étrangères, comme d'ailleurs les Genevois-es et les Confédéré-es de moins de 18 ans, pourront donner leur avis sur le résultat du travail constituant. A lire cet avant-projet, on n'est ni surpris, ni horrifiés. Ni surpris de sa médiocrité, ni horrifiés de son contenu : après avoir montré ses muscles, la droite majoritaire s'est souvenue qu'elle (ou du moins une partie d'entre elle) avait aussi un cerveau, et a fait quelques concessions à la gauche -des concessions indispensables si elle voulait garder pour le projet de nouvelle constitution un petit espoir d'être accepté par le peuple, et éviter de se retrouver responsable d'une foirade historique. Mais des concessions largement insuffisantes pour que ce projet vaille la peine, en l'état, d'être soutenu. Et des concessions sur lesquelles la droite s'apprête à revenir (les radicaux et les libéraux menacent ainsi de refuser le texte si l'abaissement du nombre des signatures pour les référendums et les initiatives y était maintenu). Mais, toute unie, Entente, liste patronale, UDC et MCG caporalisés par quelques nostalgiques de la constitution de 1815, la droite a réussi à faire pondre par la constituante une constitution qui, en l'état, ne mérite qu'un refus clair et net. La « consultation » organisée parallèlement aux élections municipales peut-elle changer le contenu de ce texte au point de nous le rendre acceptable? On ne risque ni ne perd rien, en tout cas, à y prendre part, et à s'y faire entendre, les plus nombreux, et le plus clairement, possible. Reste qu'une occasion a déjà été gâchée : celle d'écrire une « constitution pour la Genève du XXIe siècle ». Traduire un projet politique en règles institutionnelles, en droits (et, conséquemment, en devoirs, puisque chaque droit énoncé implique un devoir qu'il n'est plus besoin d'énoncer, puisqu'il est contenu dans le droit) : c'est à cela que sert une Constituante, et c'est cela seul qui peut la légitimer. Sinon, quoi ? lisser un texte existant, le moderniser, le « dépoussiérer » ? c'est un exercice de commission d'experts. En revenir à un état constitutionnel antérieur ? c'est l'exercice auquel s'est livré la droite genevoise. Sauver les meubles, faire la chaîne pour éteindre un début d'incendie politique avec ses petits seaux tout pleins de bonne volonté consensuelle, ce fut à quoi s'astreignit la gauche. Les constituant-e-s socialistes, pour ne citer qu'eux, n'avaient pourtant pas été élu-e-s pour ravauder les chaussettes trouées de 1847 ou napper de quelques gadgets technocratiques le brouet que touillait la droite : ils et elles avaient été élu-e-s sur un projet politique, qu'exprime la « feuille de route » qu'ils avaient reçue de l'assemblée générale qui avait accepté leur candidature. Comparer cette « feuille de route » au résultat du travail de la constituante, c'est pour les socialistes aujourd'hui, mesurer ce travail. Et le juger. Et, s'il n'est pas revu fondamentalement, le condamner, et lorsqu'il sera soumis au peuple, appeler à le refuser.

dimanche 5 décembre 2010

Fonds de tiroirs

Comme prévisible, la Constituante a enterré jeudi dernier l'une des rares avancées démocratiques que son avant-projet de nouvelle constitution comportait : la réduction du nombre de signatures nécessaires pour faire aboutir un référendum cantonal : on en reste à 7000 signatures. Et la droite est bien contente de cette piteuse reculade de la gauche (ou de la majorité des groupes de gauche à la Constituante). Elle aurait tort de se gêner d'être contente, la droite, d'avoir affaire à une gauche prête à avaler son chapeau avant de présenter devant les citoyennes et citoyens avec un projet de constitution faisant « consensus »...

On s'en souvient, notre illustre assemblée constituante avait voté le remplacement de la disposition antinucléaire, et contraignante, de la constitution genevoise, par une disposition minimaliste, pour ne pas dire creuse, n'invitant la République qu'à « participer » aux efforts « tendant à » se passer, peut-être, un jour, si tout va bien, de l'énergie nucléaire. Ce vote n'étant pas du goût des antinucléaires, Contratom, qui fédère les mouvements anrtinucléaires genevois (un peu endormis ces derniers temps, mais que le vote de la Constituante a quelque peu réveillés) va mettre sur pied une sorte de comité de veille, ou de liaison, ou de surveillance de la Constituante, pour faire sur celle-ci une pression suffisante à la con vaincre de revenir en arrière et, sous peine d'apèpeler à combattre le projet de nouvelle constitution, de réintégrer dans son projet une disposition aussi concrètement antinucléaire que peut l'être un prédicat constitutionnel. Et Contratom promet d'aller à chaque plénière de la Constituante. faire du bruit sous ses fenêtres. Bande de galapiats, va ! C'est pas bien de faire du tapage devant un EMS, non, c'est pas bien...

On ne s'en lasse pas, de la Constituante genevoise : le 21 octobre, elle a, pour la deuxième fois, refusé de réintégrer le droit au logement, proclamé par l'actuelle constitution, dans le projet qui sera soumis au peuple dans deux ans. Elle a expliqué que maintenir le droit au logement dans la Constitution n'avait aucun sens, et « trompait » le peuple, puisque que ce droit ne pouvait pas être concrétisé sans logements disponibles... et pour être sûre que ce soit le cas, la droite a sorti de la constitution les dispositions qui, précisément, permettaient cette concrétisation. Cerise sur la gâteau, la majorité constituante a supprimé le référendum obligatoire en matière de logement. A gauche, évidemment, on s'est récrié et on a protesté ( « la majorité de l'Assemblée constituante a remplacé le droit au logement par le droit à la spéculation et les logements bon marché et de qualité par de futures cages à lapins hors de prix », dénonce le groupe socialiste). Le droit au logement, c'est le peuple qui l'avait inscrit dans la constitution, comme quatorze objets, en votation populaire.. La gauche a donc, sans succès, tenté de réinscrire le droit au logement dans la constitution, et même d'en faire un droit opposable, justiciable, sur lequel les personnes sans logis puissent s'appuyer pour exiger des collectivités publiques qu'elles leur trouve où se loger. Bref, après les féministes et les antinucléaires, la constituante s'est farcie les locataires. Et c'est pas fini, d'autres droits fondamentaux, sociaux ou politiques, sont dans le colimateur. Ce délire réactionnaire va si loin qu'au sein même de la droite, quelques bons esprits commencent à s'en inquiéter: à force de coups de force, la majorité de la Constituante est en train de l'amener plein pot dans le mur et de transformer le projet qu'elle doit soumettre au peuple en torchon dont le peuple fera précisément l'usage qui convient à un torchon : se torcher. Jusqu'à présent, cette droite revancharde a pu compter sur une certaine pusillanimité de la gauche, qui continue à essayer de limiter les dégâts, et à mouliner son mécontentement dans les media en alignant les déclarations vengeresses jamais suivies d'effets. Dernière déclaration en date, celle du socialiste Alberto Velasco, par ailleurs vice-président de l'Asloca (qui a ajouté à la longue liste des avertissements déjà donnés celui qu'elle ne fera plus aucune concession) : « nous n'accepterons de nous remettre à la table des discussions que si la totalité des droits sociaux qui existent aujourd'hui sont conservés ». Chiche ? Le vice-président du parti radical, et constituant lui-même, Murat Julian Alder, a justement proposé « une réunion d'urgence entre partis gouvernementaux » (avec une gauche réduite au PS ert aux Verts, donc, sans solidaritéS, l'AVIVO et les associations, histoire de rester entre gens convenables) pour sauver ce qui peut encore l'être. Si ça peut encore l'être. Le PS et les Verts sauront-ils résister à cet appel du pied ? On ne voudrait être ni pessimistes, ni désagréables, mais on a des doutes...


La Constituante a refusé d'inscrire dans le projet de nouvelle constitution le droit fondamental de toute personne à disposer des moyens de mener une existence conforme à la dignité humaine, et a préféré demander à l'Etat d'assurer des conditions minimales, et sans doute très minimales, d'existence aux plus démunis. La gauche défendait le droit justiciable aux moyens d'existence. A ce droit, qu'il aurait été possible de faire valoir devant un tribuinal, la droite a substitué une « tâche de l'Etat » dont il ne sera pas possible d'exiger la traduction en actes concrets. Pourquoi n'en est-on pas surpris ?

dimanche 14 novembre 2010

Brèves de comptoir

On s'en souvient, notre illustre assemblée constituante avait voté le remplacement de la disposition antinucléaire, et contraignante, de la constitution genevoise, par une disposition minimaliste, pour ne pas dire creuse, n'invitant la République qu'à « participer » aux efforts « tendant à » se passer, peut-être, un jour, si tout va bien, de l'énergie nucléaire. Ce vote n'étant pas du goût des antinucléaires, Contratom, qui fédère les mouvements anrtinucléaires genevois (un peu endormis ces derniers temps, mais que le vote de la Constituante a quelque peu réveillés) va mettre sur pied une sorte de comité de veille, ou de liaison, ou de surveillance de la Constituante, pour faire sur celle-ci une pression suffisante à la con vaincre de revenir en arrière et, sous peine d'apèpeler à combattre le projet de nouvelle constitution, de réintégrer dans son projet une disposition aussi concrètement antinucléaire que peut l'être un prédicat constitutionnel. Et Contratom promet d'aller à chaque plénière de la Constituante. faire du bruit sous ses fenêtres. Bande de galapiats, va ! C'est pas bien de faire du tapage devant un EMS, non, c'est pas bien...

On ne s'en lasse pas, de la Constituante genevoise : le 21 octobre, elle a, pour la deuxième fois, refusé de réintégrer le droit au logement, proclamé par l'actuelle constitution, dans le projet qui sera soumis au peuple dans deux ans. Elle a expliqué que maintenir le droit au logement dans la Constitution n'avait aucun sens, et « trompait » le peuple, puisque que ce droit ne pouvait pas être concrétisé sans logements disponibles... et pour être sûre que ce soit le cas, la droite a sorti de la constitution les dispositions qui, précisément, permettaient cette concrétisation. Cerise sur la gâteau, la majorité constituante a supprimé le référendum obligatoire en matière de logement. A gauche, évidemment, on s'est récrié et on a protesté ( « la majorité de l'Assemblée constituante a remplacé le droit au logement par le droit à la spéculation et les logements bon marché et de qualité par de futures cages à lapins hors de prix », dénonce le groupe socialiste). Le droit au logement, c'est le peuple qui l'avait inscrit dans la constitution, comme quatorze objets, en votation populaire.. La gauche a donc, sans succès, tenté de réinscrire le droit au logement dans la constitution, et même d'en faire un droit opposable, justiciable, sur lequel les personnes sans logis puissent s'appuyer pour exiger des collectivités publiques qu'elles leur trouve où se loger. Bref, après les féministes et les antinucléaires, la constituante s'est farcie les locataires. Et c'est pas fini, d'autres droits fondamentaux, sociaux ou politiques, sont dans le colimateur. Ce délire réactionnaire va si loin qu'au sein même de la droite, quelques bons esprits commencent à s'en inquiéter: à force de coups de force, la majorité de la Constituante est en train de l'amener plein pot dans le mur et de transformer le projet qu'elle doit soumettre au peuple en torchon dont le peuple fera précisément l'usage qui convient à un torchon : se torcher. Jusqu'à présent, cette droite revancharde a pu compter sur une certaine pusillanimité de la gauche, qui continue à essayer de limiter les dégâts, et à mouliner son mécontentement dans les media en alignant les déclarations vengeresses jamais suivies d'effets. Dernière déclaration en date, celle du socialiste Alberto Velasco, par ailleurs vice-président de l'Asloca (qui a ajouté à la longue liste des avertissements déjà donnés celui qu'elle ne fera plus aucune concession) : « nous n'accepterons de nous remettre à la table des discussions que si la totalité des droits sociaux qui existent aujourd'hui sont conservés ». Chiche ? Le vice-président du parti radical, et constituant lui-même, Murat Julian Alder, a justement proposé « une réunion d'urgence entre partis gouvernementaux » (avec une gauche réduite au PS ert aux Verts, donc, sans solidaritéS, l'AVIVO et les associations, histoire de rester entre gens convenables) pour sauver ce qui peut encore l'être. Si ça peut encore l'être. Le PS et les Verts sauront-ils résister à cet appel du pied ? On ne voudrait être ni pessimistes, ni désagréables, mais on a des doutes...

mercredi 20 octobre 2010

La Déconstituante genevoise propose le retour de l'énergie nucléaire : Le glas de la Constitution

La Constituante genevoise a achevé, jeudi soir, le plombage de ses propres travaux en proposant, contre l'avis de la commission concernée, de revenir sur le bannissement de l'énergie nucléaire, inscrit dans l'actuelle constitution depuis 1986. Trois projets de nouvelles centrales nucléaires ont été déposés en Suisse, et la droite a placé Doris Leuthard à la tête du ministère concerné pour favoriser leur acceptation : Le vote de la Constituante genevoise, en faveur d'une disposition remplaçant l'interdiction du nucléaire par une recommandation creuse de d'essayer de s'en passer, est un signal dans cette même direction, mais aussi le premier son d'un glas : celui du service funèbre du projet de nouvelle constitution genevoise. Il n'y a vraisemblablement plus rien à attendre de cette assemblée, sinon qu'elle nous fasse le cadeau d'aggraver encore son cas en farcissant son texte d'autres dispositions rédhibitoires, et en facilitant notre travail le jour où il faudra dire, en votation populaire, « NON » à un texte qui, sur la plupart des points que nous jugions fondamentaux, menace de n'être qu'un véritable manifeste de régression sociale et politique.

Comment foirer une révision constitutionnelle

La révision globale de la Constitution genevoise, nous y avons été, au départ, favorables. Très favorables, même. Parce que nous le sommes au débat politique, qu'une révision constitutionnelle globale est un moment, et une Constituante un lieu, de tous les débats politiques. Mais le départ de l'exercice, déjà, aurait pu nous mettre quelques puces à l'oreille : la loi organisant l'élection de l'assemblée chargée de rédiger une nouvelle charte fondamentale de la république contenait, en germe, le résultat d'une élection à laquelle ni les étrangers, ni les jeunes de 16 à 18 ans n'ont pu prendre part, et qui ne posait pas comme condition de la présentation d'une liste que la parité des genres y fût respectée. Pour ajouter la restriction du débat au défaut initial de représentativité de la Constituante, on lui a enjoint de ne présenter au bout de son parcours qu'un seul projet alors qu'un véritable débat démocratique aurait du permettre la présentation de plusieurs projets constitutionnels concurrents. Et pour achever cette collection de handicaps initiaux, on a donné à la Constituante un délai invraisemblablement long (quatre ans...) pour rédiger un seul texte. Le résultat, on le connait : d'abord, l'élection avec un taux d'abstention considérable d'une constituante de vieux mâles revanchards, ensuite l'adoption à intervalles réguliers de thèses et de propositions régressives, parsemées de quelques gadgets technocratiques. C'est cela qui sera soumis, dans deux ou trois mois, à une consultation préalable, puis, dans deux ans, à un vote populaire. Lorsque les socialistes ont formé leur liste, pluraliste, pour la Constituante, ils ont adopté une « feuille de route » affirmant qu'ils tiendront « un certain nombre de points comme suffisamment fondamentaux pour que leur respect conditionne leur approbation du texte final ». Et d'entre ces points, au moins ceux-ci : le droit de vote et d’éligibilité des étranger-e-s au plan cantonal, l'égalité des droits entre femmes et hommes, le développement des droits sociaux justiciables, dont le droit au logement... allonger la liste serait allonger celle des manques, des trous, des impasses de ce qui aujourd'hui, deux ans après l'élection de la Constituante, sort de ses travaux : un échec, programmé par la la loi instituant la Constituante et parfait par le choix délibéré de la droite de proposer en 2012 une version modernisée de la constitution de 1815. On ne demandera pas aux constituants de gauche de boycotter une assemblée dont il n'y a plus rien à attendre. Les jetons de présence qu'ils y gagnent, et dont ils reversent une partie à nos organisations, nous seront utiles pour financer la campagne du « non » au projet de constitution qui sortira de se souk. A lui seul, ce paradoxe résume la foirade du processus de révision constitutionnel genevois : la part qu'y prendront encore les élues et les élus de gauche n'a sans doute plus pour seule utilité que celle de nous donner les moyens de combattre le résultat probable de l'exercice auquel nos élus auront tenté de participer.

mercredi 6 octobre 2010

La Constituante propose des « districts communaux » : Et une connerie de plus, une !

La Constituante genevoise a adopté une proposition socialiste de bricoler la structure territoriale du canton en créant des « districts communaux ». La proposition a fait consensus, ce qui ne saurait étonner, s'agissant d'un gadget technocratique qui viderait les communes de toute substance politique au profit d'un échelon « supérieur » dont la pertinence est pour le moins douteuse. Mais ce genre de propositions convient parfaitement au genre de Constituante dont Genève s'est affublée, et à laquelle ne pouvait que plaire la lubie socialiste de créer quatre ou huit districts regroupant les communes en les vidant de toute légitimité démocratique et en les transformant en relais serviles de l'Etat vers la population -une population qui ne pourrait plus élire ni conseils municipaux (supprimés), ni maire, adjoints et conseillers administratifs (nommés d'en haut par les districts). « Les acteurs institutionnels seraient alors plus homogènes », croit pouvoir écrire le groupe socialiste à la Constituante, tout fier d'être à l'origine de cette sombre connerie. Plus homogènes, sans aucun doute : tous bien gentils, bien équarris, bien dressés, bien rangés, avec des communes dont plus aucune autorité ne serait élue et des « districts » ne convenant qu'au confort du canton. Un paysage institutionnel symétrique, sans rien qui dépasse ou qui dérange. Un rêve de technocrate, un cauchemar de démocrate. S'il nous manquait une raison pour, le moment venu, faire campagne contre le projet de nouvelle constitution genevoise, les constituants socialistes viennent de nous en donner une.

Fausse Commune

Il faudrait se convaincre de cesser de dire du mal de la Constituante genevoise. Après tout, la part de leurs jetons de présence que nos constituants rapportent à nos partis nous est fort utile, et cette noble assemblée permet à des forces politiques qui se sont auto-exclues du Grand Conseil d'exister, visiblement, ailleurs qu'au Conseil municipal de la Ville. Et à part cela ? Bof... Même les socialistes, à la recherche de quelque occasion de donner quelque semblant d'utilité à ce cénacle, ou de s'y donner eux-même quelque rôle, fût-ce celui d'idiots utiles, se mettent à y faire, et les faire soutenir par la droite, des propositions qu'on n'arrivera à qualifier qu'après avoir hésité longuement entre deux adjectifs : « idiotes » ou « nuisibles ». Les deux n'étant d'ailleurs pas incompatibles. Ainsi de la proposition, qui n'avait rien pour déplaire à la droite puisqu'elle l'a approuvée en plénière, de créer des « districts communaux », galurins technocratiques chapeautant des communes-croupions réduites à ne plus être que des mandements, privées de conseils municipaux et administrées d'en haut par un exécutif nommé par le « district » pour appliquer ses décisions. Qu'est-ce que cette vaudoiserie tout droit sortie du XIXe siècle apporterait à la réalité de la démocratie locale à Genève ? Rien. On se demande d'ailleurs pourquoi, dans la foulée de sa chasse au gadget institutionnel, la Constituante ne nous a pas proposé, tant qu'à faire, des préfets pour les districts et des sous-préfets pour les communes. Ou des baillis pour des baillages et des sénéchaux pour des mandements. Quant à la Ville de Genève, qu'on abolirait en tant que commune pour en faire un district, on savait que sa suppression était un vieux rêve de la droite genevoise, inconsolable depuis 1847 de la résurrection, par la révolution radicale d'une municipalité qu'elle, la droite, avait abolie en 1815 après être revenue au pouvoir dans les fourgons des armées de la Saint-Alliance. Ce vieux rêve de la droite (repris d'ailleurs par un constituant démissionnaire, le sire de Planta) s'accomode parfaitement du « district de la Ville de Genève » et de ses ersatz de communes de quartier, tel que proposé par des socialistes très contents du succès de leur proposition, et y voyant même « un premier signal d'un dialogue possible entre diverses forces politiques en vue de présenter à la population un projet innovant », alors que, vu la composition et le parcours de la constituante, ils devraient plutôt s'inquiéter du succès qu'y a rencontré leur daube. Le mouvement socialiste est entré dans l'histoire en criant « Vive la Commune ! », les constituants socialistes genevois en sortent en bêtifiant « vive les districts... » en choeur avec la droite et l'extrême-droite à six mois des élections municipales.

vendredi 1 octobre 2010

droit dans le mur ?

L'Assemblée constituante genevoise a présenté à la mi-septembre le résultats de ses phosphorescences sur le statut des communes. Avec comme proposition majoritaire, un « statu quo amélioré », c'est-à-dire une nouvelle répartition des tâches entre le canton et les communes, et la reprise par le canton (ou une usine à gaz modèle « organisme de droit public ») de la gestion des « institutions et des infrastructures d'importance cantonale et régionale ou à caractère unique ». On dit bien « la gestion », et pas le financement. C'est le principe « je commande, tu paies» ? Quelques propositions minoritaires de réformes plus ou moins pertinentes ont également été avancées : les socialistes proposent de créer des « districts communaux » chapeautant plusieurs communes et dotés d'une assemblée délibérative et d'un organe exécutif, les communes n'étant plus dotées que d'un exécutif (exeunt les conseils municipaux, donc) et disparaissant de facto en tant qu'espace politique démocratique. Quant à la Ville de Genève, elle deviendrait un district découpé en plusieurs quartiers, comme si, avec ses 190'000 habitants (ce qui n'équivaut qu'à un seul arrondissement parisien, ou trois arrondissements lyonnais ou marseillais) on pouvait sans ridicule la considérer comme une mégapole. Radicaux et libéraux qui, au départ, voulaient carrément supprimer la commune de Genève, ou la tronçonner en communes de quartier bien moins gênantes que la commune actuelle, semblent en avoir rabattu de leurs nostalgies d'Ancien Régime, à l'exception d'un libéral, le sire de Planta, qui maintient une proposition de découper la Ville en six ou 10 communes de quartier. Histoire sans doute d'assurer à Champel et à la Vieille ville des maires libéraux. Un peu plus tard, la majorité de la Constituante a balayé la plupart des propositions novatrices concernant la Région franco-valdo-genevoise (création d'une véritable assemblée interrégionale élue, développement et soutien du dialogue avec les élu-e-s régionaux, postes d'observateurs au Grand Conseil), création d'un ombudsman pour la Région. Bref, sur ces sujet comme sur la quasi totalité de ceux qu'elle a abordé jusqu'à présent, la Constituante poursuit hardiment (mais dans une indifférence à peu près générale) sur la voie qu'elle s'est tracée, entre une ornière réactionnaire et une rigole technocratique, et tout droit vers une belle claque finale en vote populaire. Pour le groupe socialiste à la Constituante, « Blocages systématiques face aux innovations et remise en cause d’acquis populaires, la droite doit comprendre qu’une telle stratégie conduira malheureusement mais inévitablement à un échec du projet. Il est grand temps de changer de direction ! ». De changer de direction, ou plutôt d'abréger la plaisanterie constituante en accélérant la vitesse de sa course dans le mur du vote populaire ?

mardi 7 septembre 2010

Fonds de tiroir

Comme il nous arrive d'ironiser bêtement sur la Constituante genevoise, on peut aussi saluer ceux de ses votes qui consacrent des avancées : le 15 juin, une majorité composite (la gauche et l'extrême-droite) a imposé au camp « bourgeois » une proposition de facilitation de l'exercice des droits populaires, en abaissant le nombre de signatures nécessaires à l'aboutissement d'un référendum (5000 au lieu de 7000) et d'une initiative populaire (7000 au lieu de 10'000), le nombre de signatures nécessaires pour les référendums et initiatives populaires municipaux étant également abaissé (de 4000 à 3000 pour un référendum en Ville) Du coup, les partis de droite et le groupe patronal, peu habitués à se retrouver minorisés, et qui proposaient une augmentation du nombre de signatures nécessaires à l'exercice de la démocratie directe, ont dénoncé un affaiblissement des institutions et une menace de blocage politique... Et le radical Murat Alder a menacé (on tremble) : « Nous nous opposerons à toute constitution qui proposerait une diminution du nombre de signatures pour les référendums et initiatives populaires ». C'est vrai, ça : la démocratie, ça fonctionnerait tellement mieux si le peuple ne pouvait pas s'en mêler...

Le 1er juillet, la majorité de l'Assemblée plénière de la Constituante a balayé les propositions visant à introduire des quotas ou la parité des genres dans les institutions politiques élues, et a même refusé la prudente proposition demandant que « la loi encourage les partis à présenter pour toutes les élections au système proportionnel des listes comportant un nombre égal de candidatures féminines et masculines », cela sans nullement préjuger du choix des électrices et des électeurs. Le législateur n'aura donc même pas comme tâche d'encourager concrètement (et pas seulement par une recommandation purement rhétorique) l'égale représentation des femmes en politique par des mesures minimales, regrette le groupe socialiste à la Constituante, qui, dans un communiqué, « ré-affirme son soutien au principe fondamental de l'égalité femme-homme, et donc à des mesures visant à limiter la sous-représentation des femmes dans les institutions politiques » . Et de conclure : « La Constitution de Genève du XXIème siècle sera égalitaire ou ne sera pas ». Au cas où on aurait besoin d'exemples étrangers, voire exotiques, on vous en souffle un : le 14 mai 2010, le Sénégal a adopté une loi instituant la parité absolue homme-femme dans les assemblées totalement ou partiellement électives...

La Constituante poursuit sur la voie glorieuse du retour en arrière vers la constitution de 1815 : sa majorité de droite a ratifié en plénière, contre le voeu de la commission qui avait travaillé sur le sujet, la réintroduction dans la constitution de l'impossibilité d'être à la fois fonctionnaire et député. Après avoir réduit les droits des locataires et dissout dans l'insignifiance rhétorique le principe d'égalité des genres, la constituante ressort donc des archives une incompatibilité abolie par le peuple en 1998. On attend avec impatience la réintroduction du suffrage censitaire, la suppression de la municipalité de la Ville de Genève et la proclamation du protestantisme comme religion d'Etat. La «Tribune de Genève » suggère qu'à gauche, on n'espère plus qu'en un « grand marchandage final » pour rééquilibrer le projet et le rendre acceptable par le peuple. Mais encore faudrait-il que la gauche en question ait quelque chose à proposer, dans ce marchandage. C'est-à-dire une avancée politique à laquelle renoncer, en échange du renoncement par la droite des reculs qu'elle a réussi à imposer. Et on voit mal ce à quoi la gauche pourrait renoncer pour amadouer la droite. A part l'éligibilité municipale des étrangers et l'abaissement du nombre de signatures pour les référendums et les initiatives.

Après le vote de la proposition de la droite de réintroduire l'incompatibilité entre le mandat de député et le statut d'employé de la fonction publique, le groupe socialiste à la Constituante déclare dans un communiqué : « la droite défend ce vote en soulignant les "conflits d'intérêts" potentiels importants. Or, les conflits d'intérêt potentiels abondent dans le secteur privé. Parmi les député-e-s siégeant actuellement au parlement, on retrouve, entre autres, le directeur de la Chambre de commerce et de l'industrie genevois, le secrétaire général et une membre du comité de la Chambre genevoise immobilière, la présidente de la Fédération du commerce genevois qui est aussi présidente de l'Union des Intérêts de la Place Financière lémanique et trésorière de l'Union des Associations Patronales Genevoises, ou encore le secrétaire général de la Fédération des Métiers du Bâtiment Genève ». Ben oui, et alors ? Zont rien compris, les socialos. Porte-valise patronal et député de droite, c'est pas un conflit d'intérêts, c'est juste un prolongement naturel...

jeudi 19 août 2010

Fonds de tiroir

Les conneries continuent à la Constituante : après avoir fait disparaître le droit au logement de la liste des droits sociaux fondamentaux, la droite l'a également expurgée de quelques incongruités gauchistes : le droit aux soins, le droit à l'accès aux documents officiels, l'obligation de publier règles de droit et directives... à chaque fois, le même argument est ressorti : c'est purement formel, ces droits sont garantis en général, pas besoin de les spécifier. Tu parles... La Constitution stalinienne aussi, garantissait tous les droits fondamentaux sans les « spécifier » : la liberté d'association y était garantie, mais pas le droit de chacun à former une association, ou à y adhérer. C'est d'ailleurs tout l'avantage de proclamer une liberté sans s'obliger à la respecter : on a le discours de la démocratie, sans en avoir les contraintes. Un rêve libéral, quoi. Ou un rêve stalinien, si on préfère.

Le constituant démo-chrétien Philippe Roch annonce sa démission de la Constituante, pour pouvoir poursuivre ses études philosophiques et spirituelles. Ah bon, la Constituante ne s'y prête pas ?

« Si l'Assemblée constituante ne revient pas sur les décisions inacceptables déjà prises » en matière de droits sociaux, de droits syndicaux, d'égalité, « et si elle persiste dans la même voie, la CGAS, soit l'ensemble du mouvement syndical du canton, n'aura d'autre choix que celui de refuser la nouvelle constitution et d'appeler à voter NON en 2012 », a averti la Communauté genevoise d'action syndicale, qui fustige l'attitude «irresponsable» de la droite (du PDC au MCG constituée en « majorité de blocage pour empêcher la construction d'une constitution digne du 21e siècle ». Mais ils sont bouchés, les syndicats, ou quoi ? On n'en est plus, pour la droite, à écrire la Constitution du XXIe siècle, on en est à traduire en français contemporain la Constitution de 1815. Une heureuse époque, 1815 : y'avait pas de syndicats pour emmerder les constituants avec des revendications sociales.

mardi 6 juillet 2010

La Constituante genevoise, en marche arrière toute...

Arrêter la déconstitution ?

Des centaines de personnes ont manifesté début juin, devant l'Hôtel-de-Ville, leur refus des manoeuvres de la majorité de droite de l'assemblée constituante, et de la volonté de cette majorité d'imposer un projet de constitution faisant revenir la République deux siècles en arrière, au temps béni de la Constitution de 1815, pondue par les représentants de l'Ancien Régime revenus au pouvoir dans les fourgons des armées de la Saint-Alliance. Le 25 mai, cette droite du XXIe siècle pensant comme celle du XIXe avait réussi à faire refuser par la Constituante les thèses affirmant la non-discrimination, l'égalité entre femmes et hommes, le droit aux moyens de vivre, le droit au logement, une bonne partie du droit aux études, les droits des travailleurs et travailleuses, les droits aux allocations familiales, de naissance, d'adoption. Quelques jours plus tard, ce sont les droits aux soins et à l'assistance, à l'information et à la transparence de l'administration et à l'assistance juridique qui passaient à la trappe. Et ce n'est pas fini. En revanche, les droits sacro-saints à la « propriété » (privée) et à la « liberté économique » (mercantile) ont été maintenus. On ne s'en étonnera pas, si on regrettera qu'ils l'aient été, compte tenu des épisodes précédents, avec l'apport inutile des votes socialistes.

A froid ? à chaud ?
Travaillant sur le texte fondamental de la République, autrement dit sur le plus politique des textes juridiques, la Constituante est une assemblée éminemment politique, au sein de laquelle il aurait été inquiétant que disparaisse un clivage qui structure la politique dans toutes les démocraties depuis deux siècles. Il n'a d'ailleurs pas fallu attendre longtemps pour que ceux qui se sont fait élire en proclamant qu'ils n'étaient « ni de gauche et de droite » retrouvent leur soue d'origine. L'auto-allumage idéologique de la droite semble donner raison à la gauche de la gauche, qui combattait le principe même d'une révision « à froid » de la Constitution, mais il se pourrait bien que d'une révision « à froid », on puisse passer à une révision « à chaud », si la gauche continue à faire « parler la rue » contre les petits coups tordus des constituants bourgeois et de leurs corps-francs udécistes et stauffériens. La gauche de la Constituante n'a pas à se battre pour qu'un projet a priori acceptable en vote populaire sorte de l'assemblée, elle a à se battre pour un projet de gauche. Elle n'a pas à poser le consensus dans la Constituante comme une condition, et la rédaction d'une constitution « équilibrée » comme un objectif ultime : d'ailleurs, quel « équilibre » peut-on bien trouver, qui ne serait pas de pure mystification, entre les thèses de l'UDC ou de la liste patronale et celles de solidaritéS ou du PS ? Entre ceux qui veulent (ou devraient vouloir) renforcer la commune et ceux qui veulent supprimer celle de Genève ? Des points fondamentaux doivent être posés comme des conditions de l'acceptation du projet final, et tout recul sur les droits fondamentaux, les droits démocratiques (dont, précisément, l'existence d'une commune de Genève est la condition), les libertés fondamerntales et les dispositions environnementales être le motif d'un refus du projet qui les contiendrait. Il est peut-être encore un peu trop tôt pour arrêter toute participation de la gauche à la Constituante, mais il est bien assez tôt pour dire que la Constitution actuelle est un minimum, qu'en deçà d'elle, le ticket de la Constituante n'est plus valable, et que nous nous donnerons les moyens d'une campagne, lors du vote populaire, pour qu'un NON sec et sonnant réponde au texte que nous mitonne la droite. A moins que l'on trouve d'ici là le moyen d'arrêter le massacre des droits fondamentaux, ou, mieux encore, comme ls suggère le constituant Maurice Gardiol (du groupe socialiste) d'opposer d'une manière ou d'une autre au projet de la droite un véritable projet de gauche, la Constitution actuelle restant une position de repli. La loi ne prévoit pas que deux projets soient soumis au peuple ? Une loi, ça se modifie, par initiative populaire. Et par le même moyen, une Constituante, ça peut se dissoudre. Et une révision constitutionnelle « à froid » peut devenir une révision constitutionnelle « à chaud » si la rue s'en empare , le pire, dans l'exercice d'invention d'une charte fondamentale, étant bien le tièdasse et le fadasse.